Le marché du livre numérique français en 2011

De l’avis de nombreux éditeurs, le livre numérique se vend peu, voire pas du tout. Dans tous les cas, les ventes ne couvrent pas les frais pourtant modiques qu’il faut investir pour vendre ses ouvrages en numérique. Les informations sur le marché du livre numérique en France sont éparses et difficiles à recouper, les grands acteurs préférant souvent ne pas dévoiler leurs chiffres. Il semble que le marché français du livre numérique ne se développe pas aussi vite que celui des États-Unis, voire même de l’Allemagne, pays pilote pour Amazon sur le continent européen. Essayons malgré tout d’estimer ce marché du livre numérique en suivant 3 axes :

  • par comparaison et extrapolation avec le marché du livre papier ;
  • en prenant des exemples de maisons d’édition ;
  • en analysant l’équipement en terminaux de lecture des Français.

État des lieux du marché du livre numérique fin 2011

D’après l’étude Gfk annuelle et comme le rapporte Livres Hebdo :

Seulement 19 % des personnes interrogées par GFK admettent avoir téléchargé des livres numériques alors que 82% d’entre elles disent avoir acheté des livres papier, au cours de l’année 2011.

19 % cela me paraît tout de même énorme – même si il s’agit bien de téléchargements et non d’achats. Procédons par l’absurde avec les chiffres du syndicat national de l’édition de 2010. Si l’on rapporte ce taux au chiffre d’affaires de l’édition papier, on arrive à des sommes monumentales. En 2010, l’édition française a fait un CA de 2,8 Mds d’euros… divisé par 5, cela donne toujours 500 millions et des brouettes. Ces chiffres vous paraissent délirants ? Bon d’accord, continuons… On estime actuellement la part du numérique dans le CA de l’édition française à 0.5 % (voir ces données qui datent un peu), or 0,5 %, cela représente tout de même 14 millions d’euros.

[Mise à jour 9 février 2012] Les chiffres officiels indiquent 1.6 % du CA de l’édition soit 45 millions d’euros.

Des éditeurs numériques qui tirent leur épingle du jeu en 2011

De manière plus concrète, on sait également que Bragelonne annonce avoir vendu 50 000 ebooks en 2011. C’est sans aucun doute les leaders du marché numérique français, peut-être avec Harlequin. En multipliant ce chiffre par le prix moyen de leurs livres – disons environ 5 euros – on arrive à la somme rondelette de 250 000 euros de CA dans le domaine du numérique… Notons que Bragelonne dispose aujourd’hui d’un catalogue numérique d’environ 300 titres. Il sont également bien placés car leur lectorat est majoritairement jeune et connecté.

Nous connaissons également les chiffres de publie.net, la maisons d’édition 100 % numérique de François Bon, qui est très transparent sur ce point. Il annonce avoir vendu 16 455 ebooks au premier semestre 2011 et en espérait 4 000 pour le mois de janvier 2012. Ses prix sont probablement encore un peu plus bas que ceux de Bragelonne et doivent s’élever en moyenne à 3 euros. En moulinant un peu tout cela, nous pouvons estimer son CA annuel à 70 000 euros pour 2011. Publie.net propose aujourd’hui un catalogue d’environ 500 titres. Pas si mal pour un éditeur de littérature contemporaine exigeante…

[Mise à jour 9 février 2012] Données de deux éditeurs supplémentaires : Harlequin et Le Bélial

Harlequin a révélé ses chiffres français pour 2011, probablement les meilleurs du marché.  Ils annoncent 600 000 livres téléchargés en 2011 et un CA d’un million d’euros… Le catalogue est de 1000 ebooks et l’objectif pour 2012 de 3000. Le prix moyen est de 1.49 euros. Des résultats qui confirment l’excellente santé des littératures de genre sur les terminaux de lecture (la littérature érotique est également très présente dans les catalogues). Certains lecteurs préfèrent lire tranquillement à l’abri des leur terminaux en plastique des histoires que la pensée dominante réprouve.

Le Bélial a aussi donné ses chiffres par le biais de son forum. Ils annoncent 920 livres vendus dont la moitié directement par le biais de leur plateforme. Leur prix de vente moyen s’établissant grosso modo à 8 euros.

Les perspectives encourageantes des terminaux de lecture

C’est une évidence, les ventes de livres numériques sont directement liés au taux d’équipement en liseuses et tablettes. À part quelques technologues désargentés, on voit mal les e-lecteurs lirent sur leur iPhone ou sur leur ordinateur. Toutefois, d’après ce même Gfk, le marché français compte environ 2 millions de tablettes au début 2012. Certes ces tablettes – aujourd’hui très largement dominé par l’iPad, on estime qu’Apple truste environ 80 % du marché – ne servent pas qu’à lire loin de là. À vrai dire la lecture numérique n’est même pas présente dans les sondages d’usage des tablettes : Internet, jeux, vidéos, etc… Toujours est-il que pour ma part, je lis sur l’iPad avec un grand plaisir. Je diviserai donc par 100 ce taux d’équipement pour obtenir un potentiel de 20 000 lecteurs numériques sur tablette.

En ce qui concerne les liseuses, les terminaux réellement dédiés à la lecture, les chiffres sont assez difficiles à trouver. La Fnac annonce avoir vendu 50 000 unités de son Kobo depuis fin novembre 2011. Je pense – je n’ai pas vraiment trouvé de chiffres – qu’environ 150 000 ex. sont en circulation en France. C’est faible mais les prix de ces équipements se situant entre 100 et 150 euros, il est fort probable que 2012 devienne l’année de la liseuse en France. De plus, du point de vue du marché du livre numérique, si l’on considère que ce sont d’abord les grands lecteurs qui s’équipent de ces terminaux de lecture et qu’ils dépensent environ 100 euros par an en livres, on obtient tout de même ce chiffre étonnant de 15 millions d’euros de CA potentiel… En y ajoutant le public des tablettes, cela porte le CA potentiel à 17 millions.

[MAJ du 17 avril 2012] Pour 2011, le paneliste GfK a recensé 1,1 million de téléchargements payants de livres numériques, soit 12 millions d’euros de chiffre d’affaires généré. Ne me demandez pas comment ils font, je n’en sais rien ! Mais mon estimation n’était pas si mauvaise.

Chiffre qu’il faut relativiser pour les éditeurs classiques, puisqu’il semblerait que nombre de lecteurs numériques lisent en anglais et se fournissent aux USA. Disons 30 % du CA potentiel. Ensuite vient également le domaine de l’auto-édition très dynamique dans le monde numérique. Mais je ne suis pas sûr qu’il vienne prendre une part du CA si importante car son image en France est encore assez mauvaise et la qualité globale de la production est à l’avenant.

Même avec ces retenues potentielles, il ne fait pas de doute que le marché du livre numérique existe bel et bien et qu’il serait idiot de ne pas s’y intéresser.  Conclusion, il est possible en France de gagner de l’argent en publiant des livres numériques. Et qui serait mieux placé que les éditeurs pour remplir cette mission ?

A venir : des prévision du marché du livre numérique français pour 2012

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